Pôle Viticulture, Agriculture

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Présidé par Jean-Pierre Sylla

Le pôle traite de tous les sujets relatifs à l’agriculture et à la viticulture ayant une portée générale ou appliqués à divers contextes territoriaux notamment celui de la Bourgogne méridionale. Le groupe de travail formé de personnalités compétentes (cf. composition) conduit sa propre réflexion et oriente l’action du pôle autour d’axes privilégiés.
Le pôle informe les membres de l’Académie de Mâcon, les institutions partenaires et le grand public de ses travaux (communications, publications, notes, conférences, visites…). Il diffuse les éléments d’actualité, favorise les recherches et les études dans ces domaines d’activité.

 


Prochaine réunion : mardi 7 février à 14h30 (interne au groupe de travail)


Présentation

A l’origine même de sa création en 1805 et jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale, l’Académie de Mâcon a déployé des énergies pour accompagner les mutations de la société rurale. Dans la majeure partie du XIXe siècle, elle y a joué un rôle éminent et reconnu jusqu’à l’émergence d’instances représentatives de la branche professionnelle. Il s’agissait alors de tirer parti des progrès techniques, améliorer les productions et optimiser les rendements. Il convenait selon les termes rapportés dans un texte fondateur en 1806 de « s’occuper sous le rapport de la science de la prospérité du lieu », cette maxime s’avère d’une singulière actualité.

La société d’aujourd’hui, post rurale et industrielle, a devant elle un monde agro-viticole profondément transformé et modernisé qui a engagé un processus de professionnalisation de ses structures et de spécialisation de son économie. Les enjeux ont changé de nature mais sont plus que jamais présents : enjeux sociétaux, environnementaux, territoriaux qui traversent la société toute entière, et concernent la chaine du producteur au consommateur. La marche en avant du progrès que l’on croyait linéaire se heurte désormais à des choix stratégiques, à des questions environnementales, éthiques, sanitaires, climatiques… qui interpellent sur les modèles économiques eux-mêmes en remettant le citoyen au centre du jeu.

Enfin, la physionomie de ce territoire « Sud-Bourgogne » est profondément marquée par le fait agraire en raison de sa superficie cultivée (64%), de la qualité de ses sols, du poids de son histoire ou encore des paysages qui en sont un  facteur de notoriété et d’identité partagée par les habitants.

  • Le pôle « Viti-agri » a vocation à s’intéresser à l’espace cultivé dans ses diverses différentes fonctions : rapports production-consommation, devenir des filières économiques et professionnelles, mutations technologiques, aménagement du territoire, évolution foncière et paysagère, valeurs patrimoniales et rurales, écosystème et biodiversité… Il s’agira de privilégier une approche pluridisciplinaire en articulant le domaine des connaissances et celui des expériences, ceci en compte des contextes territoriaux.

Il s’intègre à une politique thématique d’amélioration et de diffusion de la connaissance voulue par l’Académie et son Président Vincent Lauvergne. 3 formes d’action sont envisagées :

  • Développement de communications à caractère scientifique et technique permettant d’éclairer les enjeux actuels et l’évolution des pratiques. Ces interventions devront mobiliser les ressources du réseau des partenaires : Universités, Instituts, Chambres consulaires, filières professionnelles, Établissements d’enseignement, mouvement associatif …..Visites, échanges, colloques…et outre action favorisant l’accomplissement de cet objectif
  • Dans la tradition des usages de l’Académie, il importe de fixer une mémoire de ces travaux par le biais d’une publication dont les modalités sont mises à l’étude (type Annales).
  • Valorisation et mise en ligne d’outils documentaires sur le site de l’Académie, mission de veille sur les publications en cours, soutien et diffusion d’études et de recherches…

Pour mener à bien cette mission, est arrêtée la constitution d’un comité interne de personnalités qualifiées (env. 10 à 12 membres et non membres de l’Académie) reconnues pour leur expertise dans ce champ thématique et ayant pour mission d’orienter et d’organiser l’action du pôle.

Le Président du pôle, Jean-Pierre SYLLA – 9 /10/ 2016



Composition du groupe de travail

Jean-Pierre Sylla, Inspecteur Principal honoraire de la jeunesse et des sports, recherche et d’expertise territoriale, Membre titulaire de l’Académie, Responsable du pôle

Membres :

  • Baldassini Michel, ex-Président du BIVB, de la Cave de Lugny et de la Maison Mâconnaise des vins, ex Maire de Cruzille, Membre du CESE Bourgogne-Franche-Comté
  • Berthelon Damien, œnologue-sommelier-viticulteur Finaliste concours Meilleur Jeune Sommelier de France 2001, création domaine viticole en 2016, Actionnaire et Co-Gérant de la sté d’importation vins rares et spiritueux à Genève, chef sommelier Hôtel d’Angleterre (5 étoiles Plus) et Hôtel Noga Hilton (5 étoiles) Genève
  • Barbet Xavier, Membre de l’académie, Président de la Maison Loron, ex Président de l’Union des Maisons de vins du beaujolais, ex Vce Pdt de l’Inter-profession, Membre du CA de la Féd. des Maisons de vins de Bourgogne
  • Cotessat  Micheline, Membre titulaire de l’Académie,   Avocate honoraire, experte en droit rural, Présidente honoraire de l’ass. Française de droit rural (section FC), propriétaire-exploitante   viticole à Chassagne Montrachet (à titre ponctuel)
  • Dehouck Dominique, Ingénieur, Maire de Bray, commune agri-viticole
  • Fayard Dominique, Docteure en histoire, chargée de mission Pays Charolais Brionnais, coordinatrice de la candidature Unesco, auteure de l’ouvrage « commerce du bétail en Charolais »
  • Gouttebaron Laurent, Ingénieur des Techniques de l’Equipement Rural (ITER) Directeur de l’EPLEFPA de Mâcon Davayé
  • Marquet Martine, Ingénieure agronome N.S.F.A à Rennes, Chef de service et chargée de mission à la Chambre d’agriculture 71, experte de la  filière élevage et viande bovine, correspondante de l’Institut du Charolais
  • Pierre-Guy Jean-Marie, Agronome, ex SG al Unigrains ex-ch de mission CNCA, Dr du Conseil des Centres d’économie rurale, Auditeur de l’Institut Htes études  du dév. et aménagement  des territoires européens, Administrateur ass. Pontus de Thiard, membre de l’Académie d’agriculture de France
  • Sauvage Didier, Ingénieur œnologue, Chef du service vigne et vin à la Chambre d’Agriculture et depuis sa création en 2012 Directeur du Vinipole sud Bourgogne.
  • Terrier pierre, Membre de l’Académie, Ingénieur Agronome, Diplômé de l’Institut d’Administration des Affaires  ex Directeur de la Chambre d’agriculture 71 Conseiller Régional Bourgogne 2004/2010
  • Vincent Jean-Jacques   Ingénieur agronome  CES Œnologie Faculté de Dijon Domaine familial du Château de Fuissé, ex   Président du Cru Pouilly-Fuissé.  Administrateur de la Fédération viticole SL, interprofession, BIVB.

Axes de réflexion

Le domaine agri-viticole constitue un secteur à part qui ne peut se résumer à une filière technique ou une simple équation économique en raison des enjeux sociaux, environnementaux et territoriaux déjà cités. Néanmoins, sa part prise dans le poids de l’économie globale est en constante baisse, population agricole (de 31 à 5 % entre 1955/2002) superficie (de 78 à 59 % entre 1955/2002) ou PIB (de 5% en 1978 à 2,2% aujourd’hui.)   Son ancrage historique et culturel est fortement associé au « modèle » de la société rurale qui domine encore le profil de nombreux départements et singulièrement la Saône et Loire. (64 % SAU)

Ce destin particulier a justifié une intervention de la sphère publique du niveau local au niveau européen, (de l’ordre de 30% de la valeur de la production) véritable « filet de sécurité » rappelant le poids des d’externalités positives que sont notamment l’aménagement de l’espace rural, ou l’entretien des paysages.  Face à l’ouverture au monde, le producteur tente désormais de se situer dans une chaine qui relie le local au global, la particularité du lieu à l’uniformité des marchés.

Le pôle a vocation à agir en complémentarité avec les acteurs de cette filière, en tenant compte du contexte territorial, les pistes suivantes sont soumises à la réflexion :

  1. Sol et biodiversité

La fertilité du sol et de manière plus large, les propriétés pédoclimatiques ont longtemps constitué un enjeu d’occupation humaine et un facteur d’attractivité installant un accord sol-plante et une organisation du terroir que l’on connait aujourd’hui. Le système productiviste des 30 glorieuses, justifié par un contexte de croissance « continue », semble avoir atteint ses limites. Il laisse présager, en dépit d’une demande mondiale à la hausse, la fin d’un cycle (1) mettant en jeu le développement durable (maitrise des intrants chimiques, l’érosion des sols, la gestion des ressources en eau).

Les nouvelles politiques publiques de la recherche incitent à mettre l’accent sur un double enjeu :  d’une part, le sol en tant que patrimoine biologique, agronomique fondement d’un écosystème résistant et stable autant qu’il est diversifié et d’autre part, le sol en tant que réalité foncière aux prises avec les phénomènes d’urbanisation (perte de 1,8 ha par an pour 1000h) et de déprise agricole.

Enfin, l’actualité et la prospective montrent combien ce secteur reste dépendant des aléas climatiques ou de crises sanitaires et duquel est attendu un résultat parfait et constant contribuant à accroitre la complexité d’exploitation.  A ces causes externes inhérentes au milieu se sont ajoutées celles liées aux structures d’exploitation spécialisation, pression des investissements, concurrence accrue, changements de règlementation et de politique publique. Au bout du compte le professionnel éprouverait une aversion du risque et un désir de revenus plus réguliers.

  1. Modèles économiques 

En Saône et Loire, la révolution agricole du XIXe siècle, fondée sur la replantation du vignoble et le développement de l’élevage, a débouché sur une optimisation des ressources et une diversification des productions. Cette conjonction heureuse de facteurs naturels et humains a fait émerger des paysages reconnus comme identitaires des pays dont ils sont issus qui s’avèrent vecteurs d’une attractivité résidentielle et touristique, la qualité de leur patrimoine naturel et bâtit leur confère une dimension ethnologique et une valeur esthétique avérées.

Or cette économie peu intensive, au territoire morcelé, repose sur un équilibre fragile entre ses composantes en raison même de l’importance d’un élevage bovin extensif occupant 2/3 de la SAU, faisant courir le risque d’un clivage territorial et démographique entre les pays de l’Ouest bocager et les côtes vineuses ou grandes plaines céréalières de la vallée de la Saône.

Dans l’espace européen, deux grands modèles sont amenés à cohabiter mettant en concurrence les territoires, ceux amarrés au système agro-alimentaire de production de masse et intensive, dont une partie est détournée vers des usages non alimentaires (biocarburants, (10 % souhaités en 2015) cosmétique.) et ceux dont la production est limitée par la taille des exploitations et le principe même d’appellations d’origine contrôlée cantonnées à un marché étroit, mais qualitatif.

Parmi les modèles agri-viticoles qui se dessinent, l’origine géographique du produit apparait comme une alternative privilégiée, c’est celle où le prix ne constitue pas le premier critère de la performance et du choix du consommateur. Y aurait-il là de quoi alimenter des modèles, viables et durables, économiques et vertueux, aptes à fonder des espérances régionales et des politiques territoriales nouvelles. Enfin, les nouvelles technologies entrent en force dans l’agriculture, systèmes électroniques embarqués, drones, GPS, robotique, utilisation d’interfaces…Ce qui est un effet d’aubaine prend des allures de révolution numérique comme la mécanisation d’après-guerre, elles plaident pour une agriculture connectée et de précision plus économes en intrants. Ces développements viennent se joindre aux bouleversements liés aux sciences issues de la biologie, biotechnologies, génétique…et qui en appellent à la conscience. On a pu dire « à la peur de manquer se substitue la peur de se tromper » Faut-il y voir les conditions d’une mutation structurelle de la filière agro-viticole permettant d’en alléger les contraintes, diminuer les coûts et accroitre l’attractivité de ces professions.

  1. Modes de consommation

 Dans un marché libéré et d’abondance, le consommateur fait irruption dans le jeu des acteurs. L’acte de production n’est plus dissocié d’une connaissance des comportements des consommateurs, de l’évolution des modes de vie, de leurs attentes et leurs besoins.  On en viendrait à se demander si ces derniers ne constitueraient pas de véritables prescripteurs imposant des goûts, des conditionnements, … Des nouvelles préoccupations entrent dans le jeu de la consommation, s’érigeant çà et là en principes ou en groupes de pression, santé publique, bien-être animal, règles éthiques ou philosophiques émergent notamment des populations urbaines et de nouvelles générations. Alors que 82 % des produits sont distribués dans les réseaux des GMS, les modes de distribution classiques s’apprêtent à connaitre des évolutions sensibles.

Enfin, l’image est parti intégrante du produit, de la communication en est faite, origine, traçabilité, recherche d’authenticité, exprimant le besoin d’y retrouver la marque de l’homme, la singularité du terroir, toutes valeurs dont le produit devenu « culturel » est chargé aux yeux du consommateur.

(1) Doublement de la demande mondiale de protéines animales à horizon 2050 donnée à superficie constante (cf. rapport Chalmain  2008)

JPS/ 17/10/2016